Et puis ça l’inquiète ma mère, que sa fille aînée soit pas encore
«casée» (les trois autres c’est fait, heureusement, mais ce serait satisfaisant qu’elles le soient toutes,) …
Et ma tante Geneviève, elle en est toute retournée ma tante Geneviève que je sois encore sur le marché, elle s’intéresse, elle me demande ce que je fais de mes soirées, si je sors un peu, si je vois du monde … Elle a marié ses deux filles, elle propose ses services …
texte optionnelMa mère, elle voudrait bien que je ramène enfin
«Quelqu’un» (enfin si possible un homme, elle est pas trop «open» pour ces trucs là). Au début elle était sélective, elle donnait ses préférences, elle nous le décrivait ce gendre parfait, bien sous tout rapport, le genre qu’on peut présenter aux voisins. Comme rien ne vient, elle en devient plus conciliante, à ce stade je crois qu’elle devient même carrément suppliante.
Elle m’en avait trouvé un «Bien», un gentil monsieur de ses voisins, un professeur des écoles, très courtois, bientôt à la retraite, et
«justement» il a eu la Polio … (j’ai pas encore compris le
«justement» … si quelqu’un peut m’expliquer le «justement» … parce que ça m’agace un peu ce «justement»)
Heureusement, il y a Apolline, mon arme secrète, qui m’a prévenue juste à temps …
«Tu sais, Granny, elle t’a trouvé un mari, il est vieux comme toi et
«justement » il a une polo, elle a dit Granny
»
Apolline à 4 ans et demi, c’est important les demi à cet age là.
Apolline c’est ma nièce à moi, c’est une reproduction de moi en miniature, enfin une reproduction retouchée parce qu’elle est beaucoup plus mignonne et plus censée aussi.
Parce qu’elle a les pieds sur terre Apolline, on peut pas la lui faire. Et moi j’aurais plutôt la tête en l’air.
On a parlé … «que j’avais pas d’mari» et que c’est bien dommage vu qu’Apolline, elle aime bien les mariages … enfin les robes de mariées pour être plus précise.
Elle a déjà choisi pour le sien … de mariage … elle a réserver «le château» de grand papa (une grande maison en Bretagne), et grand papa il a dit «on verra», mais «on verra» rien du tout, elle a décidé et c’est tout. Elle a dessiné sa jolie robe toute blanche, et comme elle est organisée, elle a trouvé le mari aussi. Il s’appelle Charles, il est dans sa classe. C’est le plus beau de toute l’école et c’est son amoureux.
texte optionnelOn a discuté toutes les deux, parce que ça devient du sérieux, il lui a fait un bisou quand même, mais ils sont pas d’accord pour les bébés, lui, il dit que deux ça suffit, mais elle en veut trois, comme maman. «Trois c’est bien, parce que si on se bagarre, on peut jouer avec l’autre» Quand je vous dit qu’elle est censée mon Apolline …

La discussion de départ était assez préoccupante … il faut bien l’avouer …

"Est ce qu’on peux, dis Tante Pkdille, est ce qu’on peut embrasser un garçon qui veut pas faire trois bébés
».
Parce que s’il faut changer d’amoureux, faut qu’elle le sache vite, tu comprends l’autre amoureux qui lui plait, Ségolène lui a fait un bisous «devant tout le monde».
Elle est prête à changer d’amoureux, Apolline, c’est pas ça qui la contrarie, c’est plutôt qu’elle a peur de perdre l’un et que l’autre préfère Ségolène, et de se retrouver sur le carreau avec la robe blanche et le « château » de grand papa.
J’essaie de tempérer un peu, de dire qu’elle a peut être le temps, que Charles peut changer d’avis (en même temps j’apprend que Charles n’a pas de pyjama de Prince, et ça évidemment ça joue contre lui) …
Et là … j’apprend la terrible nouvelle : NON, elle a pas le temps, si elle choisit pas tout de suite, il sera trop tard, les maris gentils, ils seront tous déjà pris !
« Tu vois, tante Pkdille, toi t’a pas choisi dans ta classe, et ben c’est foutu … y a plus de mari pour toi, ils sont tous pris … sauf le monsieur de la polo »
Elle était embêtée Apolline de me dire ça, mais il fallait bien que je le sache quand même, que j’avais raté mon tour …
Moi, ça m’a rassurée un peu, de m’dire que si je suis célibataire, c’est pas une question d’imperfection, de mauvais choix ou de mal chance, c’est juste que dans ma maternelle à moi, des garçons y en avaient pas …