texte optionnel
Hier soir, par exemple, j’entre dans un taxi de mine avenante (j’entends par là qu’il n’y a pas de feuille plastique à la place du par brise, que la portière ferme sans scotch et que les lanternes fonctionnent, qu’il n’y a pas un gros chien baveur qui dégouline sur mes genoux en me fixant agressivement, et que le chauffeur n’écoute pas de la musique techno à fond),
je m’installe donc sans appréhension … et après un bonsoir de courtoisie, j’annonce comme il se doit la destination que j’envisage de rejoindre grâce à ses soins : rue parisienne du 15e arrondissement relativement connue et facile à située (en même temps, comme c’est chez moi, je connais et je situe facilement, mais je peux envisager que ce ne soit pas le cas pour le commun des mortels)
Le chauffeur qui affiche facilement la cinquantaine au compteur (donc qui ne devrait pas être débutant à mon sens), me lance un regard que je qualifierais d’affolé en me demandant où se trouve la dite rue.
Pas démontée pour autant je lui donne quelques repères évidents … qui ne semblent pas le satisfaire pleinement, puisqu’il me demande où se situe exactement le 15e arrondissement.
C’est là que j’apprends qu’il n’est pas du tout taxi, qu’il remplace son cousin pour rendre service, qu’il ne connaît pas Paris et, comble de bonheur, qu’il ne sait pas lire.
Il m’encourage donc, non seulement à lui indiquer la route, mais à lui lire les panneaux qu’il ne peut déchiffrer.

A ce stade, «ch’suis par rendue» que j’pense en moi-même … et ça doit se voir sur ma tête, parce qu’il me demande si je suis ennuyée par son incompétence (il a pas dit ça comme ça, il a dit «elle se demande où qu'elle a atterri la d’moiselle, mais faut pas s’inquiéter, je l’ai l’permis»).
Moi, hyper faux cul «non non, pas du tout» tout en laissant une petite panique m’envahir en songeant qu’en effet, peut être il a pas le permis non plus, vu que pour le permis faut savoir lire me semble t il, «je me demandais juste quel était le trajet le plus simple à vous indiquer» alors que j’avais qu’une idée en tête : sauter du taxi vite fait pour échapper à cette galère.
En même temps, à 4h du matin, les taxis sont pas légion, et me voici à peser le pour et le contre, entre la fuite et l’aventure (oui je sais, c’est un peu mon leitmotiv en ce moment sur tous les plans, merci de me le faire remarquer).
Le chauffeur (mérite t il vraiment cette appellation ?) m’indique un chemin, plutôt judicieux à ma grande surprise, ce qui me convainc de tenter l’aventure … (oui je sais, c’est un peu la tendance en ce moment dans ma vie, je te remercie de le relever avec autant d’à propos, mais … lâche moi un peu s’il te plait merci).

Nous voici donc embarqués, le remplaçant du cousin taxi et moi-même, pour traverser Paris dans la nuit.
Ce dernier parait prendre de l’assurance, et commence à me signaler avec solennité chacun des monuments que nous longeons.
Une vraie visite touristique … avec juste un petit bémol, la Madeleine devient le Sacré Cœur, l’Opéra est transformé en Assemblée Nationale, et la Concorde est rebaptisée place de l’Etoile ! Je retiens un fou rire quand la tour Eiffel se transforme en «Tour saint Jacques en travaux » … (c’est le «en travaux» qui m’achève) … le tout avec force détails historiques comme il se doit, puisque j’ai appris que Jeanne d’Arc, protestante comme chacun sait, s’est convertie au catholicisme pour sauver Paris des envahisseurs romains.
Je tente de garder un certain stoïcisme … et un œil sur la route aussi par la même occasion.
Mais le conducteur, bien que passionné par ses explications (à défaut d’être passionnant), ne commet aucun faux pas et m’amène devant chez moi sans autres tracas, à mon grand «ouf» de soulagement.

C’est en constatant ce matin l’écriture ferme avec laquelle il a remplit rapidement ma fiche, (on peut écrire quand on sait pas lire ?) que je me demande jusqu’à quel point je n’ai pas été dupe d’un petit plaisantin.
Décidément, les chauffeurs de taxi parisiens sont de drôles de zigotos.