Je vous installe le décors : une voiture sur une petite route de Bretagne, ma mère au volant, moi à côté. . Aucune possibilité de s’isoler ou de s’échapper du véhicule (je précise pour la suite des évènements).
Mon portable sonne, c’est LUI.
Là, commence une discussion un peu elliptique de mon côté, parsemée d’onomatopées succinctes que j’espères explicites pour lui et complètement obscures pour ma mère.
Mais viens sur le tapis un sujet délicat qui ne peux rester sans réponse claire et qu’il serait mal venu d’éluder … et ne pouvant énoncer clairement les choses, je lui précise (le plus bas possible, à la limite du chuchotement) que «je ne peux pas te répondre, ma mère est à côté».

Et cette phrase là, ma mère, crois moi, elle l’a très bien entendu !
Si bien même, que quelques heures plus tard, en arrivant sur la terrasse avec le café, j’ai senti peser sur moi une trentaine de regards goguenards (et une trentaine de regards, ça fait minimum soixante yeux … et ça fait beaucoup soixante yeux quand ils vous fixent, surtout avec un air railleur et ironique).
Sur le coup, ça m’a paru bizarre qu’ils soient tous en manque de café à ce point là … jusqu’à ce que mon cousin Arnaud (celui qui devrait être solidaire parce qu’on est jumeau, et qu’il est tout aussi célibataire que moi …) me lance l’air de rien «et c’est quoi cette réponse que tu peux pas donner devant ta mère».
La tante Geneviève, elle en frétillait d’aise sur sa chaise blanche en plastique.

J’en ai au moins pour jusqu’à Noël avec cette histoire, faut qu’ je sèche toutes les réunions de familles … ou alors, je trouve un truc énorme pour faire diversion, mais alors vraiment énorme, le style pavé dans la mare ..
Tiens, par exemple, si je dis qu’Arnaud est enceinte … et ben ça … ça me sortirait d’affaire !