Mon arrière grand père donc, Papy pour les intimes, était farceur.

Je passais un mois de vacances avec lui l’été, enfin avec mes grands parents maternels chez qui il résidait.
Je suis l’aînée des petits enfants … alors j’en ai profité plus que les autres, de ses galéjades …
Il me faisait le caractère, comme on dit, il m’apprenait à prendre avec humour le fait d’être le «dindon de la farce».

Régulièrement, j’étais convoquée de bon matin dans sa chambre pour constater le méfait.
J’avais 3 ou 4 ans … guère plus … et déjà un grand sens de l’injustice.
Papy, donc, m’appelait de bon matin pour me faire constater avec fortes jérémiades, que le bol était vide !
Parce que le bol était vide, il me fallait bien le confirmer … avec consternation.

Il avait, me disait il, placer ce bol d’air la veille sur sa fenêtre, afin de s’en régaler au petit matin.
Et voilà, qu’au matin, ouvrant sa fenêtre pour le prendre, ce bol d’air, il découvrait avec amertume, que le dit bol d’air était vide.

Il ne m’accusait pas directement … non non … mais je sentais bien que les soupçons pesaient sur moi.
Je devais bien reconnaître avec lui qu’on ne pouvait suspecter ma grand-mère ou mon grand-père d’un tel forfait … Et je ne pouvais guère le soupçonner, lui, d’être suffisamment tête en l’air pour avoir bu le bol sans s’en apercevoir.
Il m’expliquait affligé, qu’il s’agissait d’un air de famille qui lui venait de ses parents, et que c’était bien embêtant qu’il ai disparu de cette façon.

Je tentais bien d’incriminer le chat, mais Papy affirmait que les chats ne boivent pas d’air, du lait ça oui, mais pas d’air … d’ailleurs «as-tu déjà vu un chat boire un bol d’air ?» il me fallait bien avouer que non, d’autant plus que je n’avais jamais réussi à voir un bol d’air plein, Papy le mettant sur sa fenêtre bien après que je sois endormie.

J’étais bien embêtée, il n’avait pas l’air de m’en tenir rigueur, mais je ne me sentais pas complètement absoute, n’ayant pas réussi à résoudre l’affaire.
L'air de rien, je me sentais bien triste de décevoir ce vieux monsieur à cheveux blancs, et de ne pas réussir à prouver mon innocence … et puis j’étais inquiète aussi, à l’idée qu’il manque d’air (même si je sais aujourd’hui, qu’il n’en manquait justement pas, d’air, mon arrière grand père !).
Je guettais sa respiration … avec appréhension … manquerait plus qu'il attrape le mal de l'air ...

J’ai bien tenté plusieurs fois de faire le guet, pour prendre le voleur d’air sur le fait, mais je m’endormais bien avant la tombée de la nuit, et je n’ai jamais réussis.

texte optionnel Mon arrière grand père s’est arrêté de respirer peu après … sans savoir avec certitude qui lui volait régulièrement son bol d’air, et surtout sans que j’ai réussi à prouver mon innocence.

Alors aujourd’hui, avec cette immense ouverture sur le monde qu’internet nous offre, je fais un appel à témoin : si quelqu’un à des informations, quelles qu’elles soient, sur un voleur de bol d’air sévissant dans le département de la Manche (à Carolles/mer plus précisément, non loin de Grandville) dans la fin des années soixante … merci de se faire connaître.

Parce que cette histoire pèse encore sur le cœur d’une petite fille de 3 ans accusée injustement …