Donc, nous voici devisant sur les nouvelles des uns et des autres (tiens, mon ex mari est venu sans son amie du moment, je me demande bien pourquoi il vient systématiquement « en célibataire » à ce genre de festivité) … se raconter les dernières vacances … (dis donc, elle a vachement poussée l’aînée des « machins », une vraie jeune fille, qu’elle age a-t-elle déjà … ah ben oui 17 ans … c’est fou comme le temps passe ) … les projets pour Noël … ( qu’est ce qu’elle a vieilli « bidulette » ! elle est toute poivre et sel ) … les changements de boulots des uns, les mutations des autres, le mariage de « truc » en septembre …

J’écoute d’une oreille, les mots se bousculent au dessus de ma tête, une coupe de champagne à la main, les yeux un peu dans le vague qui papillonnent des uns aux autres, un sourire convenu sur les lèvres … pas vraiment impliquée …

« Oui, une psychothérapie, tu comprends, faut la faire avant qu’il soit trop tard, parce que sinon tu passes à côté de ta vie, et passé un certain age, tu n’as plus rien a construire que des regrets à subir »
Oups … je peux savoir pourquoi tous les regards sont tournés vers moi là ! Et puis d’abord, comment on en est venu à parler de thérapie, on parlait pas du mariage de « truc » y a dix secondes ?

« Tiens, Marine par exemple, ç’est le cas typique de la personne à qui ça ferait beaucoup de bien, une thérapie »
On pourrait pas m’oublier un peu sur ce coup ! Et puis d’abord j’aimerais bien savoir pourquoi c’est toujours moi qu’on prend «par exemple» pour expliquer que j’en suis pas un … d’exemple … justement.

« Faut bien reconnaître qu’y a un problème, comment expliques tu que Marine n’ai pas d’enfants, si on en voyait bien une mère de famille nombreuse dans le lot, c’est elle, non ? »

Et alors ? C’est quoi le problème ? Tu t’es plantée dans tes pronostics ? C’est ça ? Tu te croyais voyante et t’es déçue ? (Je vais reprendre un peu de champagne je crois, je me sens devenir légèrement agressive)

Une bonne fois pour toute, j’ai pas de «problème», je suis pas une «anormale» parce que j’ai pas d’enfant … ou parce que je vis pas en couple …

Je veux pas aller voir un psy …
Y a pas de gentil monsieur qui ait eu envie de construire une famille avec moi … c’est bon, on va s’en remettre je crois, pas de quoi se lamenter dans les chaumières, c’est les autres que ça perturbe, je vais pas aller voir un psy parce que mes vieilles connaissances ont pitié de mon désert affectif.

J’ai pas eu la carte «épouse» ou «mère» dans la distribution des jeux, mais j’en ai eu d’autres, et si je rentre pas dans les cases pré-formatées de leur bonheur standardisé, ça fait pas de moi une désespérée pathétique.
Ça dérange, je crois, que j’ai pas l’air malheureuse d’avoir «raté ma vie», ou plutôt rater la vie qu’on projetait pour moi.

Et je vais pas aller me faire psychanalyser pour ça …
J’ai pas envie d’examiner mon nombril sous toutes ses coutures pour tenter de faire surgir je ne sais quel traumatisme de mon cerveau de malade hypothétique, je survie pas si mal que ça avec mes fêlures.
Et je vois trop de fêlés qui ressortent tout cassés de leur thérapie pour prendre le risque.
«Elle fait comme elle veut, c’est sa vie après tout, moi j’dis ça, c’est pour elle, si elle préfère gâcher sa vie … c’est son problème»

Alors d’abord, t’es gentille, t’arrête de parler de moi à la troisième personne quand je suis juste en face de toi, s’il te plait, merci …
Ensuite, c’est trop gentil de te préoccuper de ma vie, et de mon bonheur, mais ça va très bien : j’ai pas de problème, faut te l’dire comment ?

J’ai plein d’autres projets pour dépenser mon argent … des trucs bien plus sympas que de m’allonger sur un divan pour raconter mes traumatismes à une personne que je paie pour m’écouter, et qui s’en fou … C’est pas parce que toi, tu fais une thérapie depuis 5 ans, que toutes les personnes qui t’entourent doivent obligatoirement prendre le même chemin pour trouver le bonheur !

Une bonne fois pour toute … Nathalie, si tu passes par ici : j’ai pas besoin d’un psy !