Ça a commencé le 23 décembre au soir.

Me voici, comme prévu de longue date (oui parfaitement, de longue date, parce que pour avoir un billet de TGV le soir du vendredi 23 décembre, faut pas improviser figure toi), donc me voici, disais je, à la gare de Lamballe, à 22h … avec ma grosse valise de Père Noël, guettant dans la foule celui (ou celle) qui doit me véhiculer jusqu’à la maison, distante de 40km environ de la dite gare.

Première constatation : je vois rien à cause de la purée de pois qui m’entoure, et qui m’avait quelque peu échappée jusque là.
Brouillard à couper au couteau qui n’a rien à envier au «fog» de nos cousins «grands bretons».

Seconde constatation, avec mes hauts talons (au moins 8 cm, j'ai la contestable certitude que l'élégance est directement proportionnelle à la hauteur de mes échasses) , je glisse … à cause de la neige verglacée qui recouvre intégralement le quai où les voyageurs tentent désespérément de garder l’équilibre.

Troisième constatation : y a personne de ma connaissance à portée de vue (mais la portée est courte, ce à cause de la première constatation, que je précise pour ceux qui suivraient pas).
Je panique pas, parce que ce voyage étant prévu de longue date (si, si, j’insiste, de longue date … et tu arrêtes ce regard sceptique, ça m’arrive de «prévoir»), il y forcément quelqu’un qui s’est dévoué pour braver les intempéries et venir me chercher.
Je regarde donc sereinement la gare se vider.

Quatrième constatation, je suis restée toute seule dans la gare.
Il faut bien me rendre à l’évidence : y a personne. (enfin personne d'autre que moi et le chef de gare, je veux dire)

Ils ont sûrement été retardés par le verglas et le brouillard, je ne peux pas envisager autre chose. J’hésite un peu à inquiéter tout le monde, mais comme le chef de gare est en train de la fermer (la gare … je précise pour les petits malins qui seraient tentés de commenter) je passe un léger coup de fil, juste comme ça, pour vérifier.

Cinquième constatation : ON m’a oubliée !
Ils sont tous bien au chaud, au coin de la cheminée, tandis que je me retrouve seule, dans le noir, dans un parking sombre et désaffecté, devant la gare fermée, transie de froid, les pieds gelés (ça va là … tout le monde pleure ? ou j’en rajoute une couche …)
Considérant le temps, il va falloir minimum ¾ d’heure au volontaire pour parcourir les 40 km dans la neige et le brouillard, et il est déjà 22h15 … je suis pas rendue !
Et en plus j’ai toujours pas dîner …
Bouhhhh … personne ne m’aime … (pathétique)

Sixième constatation : je suis pas peureuse, mais j’en mène pas large.
Surtout quand, sortant de la masse blanche qui m’entoure, apparaissent trois jeunes gens passablement éméchés, et accessoirement énervés de constater que la gare est fermée, et donc, que «sûrement qu’y a pu d’train pour Saint Brieuc ce soir» (ah ben ça, sûrement en effet) «que la d’moiselle, elle va venir avec nous faire la tournée des bars jusqu’au prochain train piss'qu’elle attend» (j’hésite un peu entre me sentir flattée que des jeunes gens qui pourraient être mes fils me considèrent comme une demoiselle, et le fait qu’ils me croient de leur age, ce qui pourrait laisser présager une certaine familiarité un peu alarmante vu leur état).
Y sont pas méchants, mais je me sens quand même soulagée en apercevant la voiture de mon beauf !

Septième constatation : le brouillard et le verglas, combinés à la chute de flocons de neige et à une nuit sans lune : c’est pas top ! et je comprends mieux pourquoi ON m'a oublié ...

Euh ... Grand Papa ... on avait dit de la neige ... juste de quoi faire de la luge et un ou deux bonhommes ... pas de quoi mettre la Bretagne en quarantaine.