Cette semaine, les locaux sont loués pour un tournage de film. (Frétille pas comme ça, y a pas de vedette)
Et être envahi par une équipe de cinéma, crois moi, ça s’improvise pas.
Ils arrivent à 6h, avec armes et bagages, relookent le lieux et entreposent la technique et les figurants un peu partout …
et de 20h à 4h, l’établissement est ouvert au public (je sais pas si tu visualise bien le malaise)
Bref, pour te donner un exact aperçu : c’est le bordel
Innommable le bordel même …

Nous autres, la "masse salariale diurne", on se replie dans une petite pièce de 10 m2.
On tente de travailler à quatre sur deux bureaux.
Josephine, la comptable auxiliaire, essaye de rester concentrée sur ses chiffres, malgré le bruit ambiant, tandis que Gayluron, jongle entre les téléphones et l’équipe du tournage.

Et pi … y a la Lulu, qu’a rien trouvé de mieux que de "ranger", justement aujourd’hui !
Que déjà, on peut pas se retourner dans la pièce, elle sort des étagères tous les cartons d’archives, pour les reclasser. (en fait, elle a tout mis par terre pour l’instant, elle appelle ça "rangement", moi j’appelle ça "gros désordre")
Là, tout de suite, elle est en équilibre sur un pouf, (tenue petite jupe serrée talon aiguille), un sceau à glaçon rempli d’un liquide noir et saumâtre qui pue l’eau de javel dans la main gauche et une éponge informe dans l’autre (c’est quoi ce soupir ? non je n’exagère pas … je fais une description rigoureusement exacte de la scène).

Au milieu des cartons, et des classeurs empilés, la Lulu échafaude je ne sais quelle construction bizarre, tout en cherchant périodiquement son portable qui a l’audace de s’égarer dans le foutoir en vibrant furieusement.

Mais le détail qui tue, c’est que le gros tas empilé des choses à jeter, elle l’a mis devant la porte :
on est pris en otage par le chaos.
Moi je m’suis enfuie par la fenêtre.