J’ai 18 ans et des poussières, et ce sont mes premières vacances estudiantines.



Chose fort surprenante avec le recul, mon père m’avait laissé partir plus d’un mois, avec "LA voiture apprentissage" (vieille Renault 6 bleue qu’il avait acheté pour permettre à ses enfants jeunes conducteurs de faire leurs armes).

Il s’agissait d’une folle équipée, qui partait de Paris pour une randonnée dans les Gorges du Verdon, suivie d’une randonnée dans le parce de la Vanoise, le trajet du retour se faisant le long de la frontière par l’Italie, la suisse, puis les Vosges … joli tour de France pour une débutante au volant.

J’étais de loin la plus jeune du groupe, puisque Olivier et Pierre, les "organisateurs" en quelques sortes, étaient des «vieux» de 25 ans, Alain (petit frère d’Olivier) devait courir sur ses 22 ans tandis que Véronique venait de fêter ses 21.
Et tout ce petit groupe se partageait entre deux voitures pleines à raz bord de matériel de camping, celle prêtée par mon père, et la 4 L toute neuve d’Olivier.

Petit détail qui n’est pas sans incidence, Véro (amoureuse sans espoir d'Olivier) et Alain (pour qui j'avais un gros béguin) étaient systématiquement dans la voiture d’Olivier, tandis que je me coltinais Pierre, qui avait à cœur de m’entourer de conseils avisés quand à la conduite de mon véhicule (mon permis étant tout frais, il faut bien l’avouer).
Et ça, c’est terriblement agaçant.

texte optionnel Sur le trajet du retour, nous passions donc par Genève.
Depuis le début de la journée, les quatre autres n’arrêtaient pas de me vanter le fameux jet d’eau de Genève, remarquable à les entendre, que je pouvais pas rater ça, trop grand, trop beau, trop magnifique.

Arrivés à Genève, énorme embouteillage !
On avance à deux à l’heure, et tandis que Pierre me bassine avec ces remarques stressantes sur le fait que je "devrais pas laisser mon pied sur l’embrayage quand je freine, que débrayer c’est uniquement pour changer de vitesse, que ça abîme la boite de vitesse de laisser le pied sur l’embrayage etc..." je vois bien dans la voiture de devant que l’ambiance est plutôt bonne et que «ça» rigole allégrement pendant que, de mon côté, la moutarde me monte au nez.

Depuis un moment déjà, ils me montrent la rive du lac avec obstination.
Considérant qu’il jaillit à plus de 90m de haut, vu la taille je peut pas le rater… mais rien !
Les trois autres s’agitent frénétiquement dans la voiture qui me précède et pointent le doigt avec acharnement vers le supposé jet d’eau, à tel point que je finis par me demander s’ils n’abusent pas de ma légendaire crédulité pour me faire avaler une couleuvre (en l’occurrence, un jet d’eau).
Je tente désespérément d’apercevoir quelques gouttes d’eau dans le ciel et …
j’emboutis la voiture neuve d’Olivier !
Choc … léger vu notre quasi stagnation due au bouchon …
mais choc quand même.

Pierre commence à prendre son ton professoral pour m’expliquer en quoi j’ai eu tort de regarder ailleurs, tandis que je vois débarquer une Véronique en furie
«tu peux pas faire attention non ?»
Et comme j’essaie d’expliquer, les larmes aux yeux, que c’est "la faute au jet d’eau invisible"
«Mais ça fait une heure qu’on t’explique qu’on le voit pas … il est éteint».

Je crois que je n’ai pas, ce jour là, participer à la bonne image des femmes au volant.
Mais j’ai appris à faire un constat !