texte optionnelJ’ai du être un peu violente avec ma pince, parce que le purgeur a nettement cédé, libérant un jet d’eau chaude noirâtre (pas top pour la moquette crème et le mur blanc).
Instinctivement, je bouche le trou avec mon auriculaire. (Ben oui, je suis comme ça, je bouche les trous avec ce que j’ai sous la main)
Méthode peu orthodoxe, je te l’accorde, mais efficace puisque l’eau ne jaillit plus.

Rapide petit état des lieux : mon intérieur a été entièrement re-décoré en gris sale, le radiateur est nettement purgé, mais la pression des onze étages supérieurs pèse lourdement sur mon petit bout de doigt, et puis surtout, détail non négligeable je suis coincée !
(C’est un des inconvénient du célibat ça, quand ton auriculaire sert de bouchon de radiateur, tu es piégée. C’est pour ça que je vis en colocation, et aussi accessoirement, que je purge plus les radiateurs.)

Après quelques minutes de perplexité passées à contempler le doigt dans le trou (Albert … non !), mon côté MacGyver se réveille : je libère mon bout de doigt en lui substituant … un capuchon de stylo bic à l’envers ! (Oui je sais, y traînent de drôles de trucs aux alentours de mes radiateurs.)

Bon, soyons réaliste, ça libère mon doigt, mais ça résout pas vraiment le problème de la fuite d’eau.
Je sens bien que la «réparation» actuelle ne peut être que provisoire, et n’écoutant que mon courage, je file chez le gardien.

Je file peut être un peu vite d’ailleurs, parce que dans ma précipitation, j’oublie que la porte fenêtre est ouverte et que les clefs sont sur la porte, côté intérieur.

Me voici donc "enfermée" sur le pallier, avec une bombe à retardement chez moi constitué d’un capuchon de stylo enfoncé dans un radiateur sous pression.
J’ai comme une petite angoisse qui monte.

Mais le gardien est l’homme de la situation.
Il commence par couper la pression du chauffage à l’étage, que comme ça, si le bouchon du stylo saute, y aura que quelques centaines de litres d’eau qui vont envahir l’appartement. (Ah oui … quand même).

Le gardien, il a un double de mes clefs, ça rassure.
Mais ce qui rassure pas du tout c’est sa tête en découvrant que les clefs sont dans la serrure, et qu’elles affichent la ferme intention d’y demeurer.
Mais heureusement, ça le décourage pas, il sonne chez le voisin qui le laisse passer par le balcon pour entrer chez moi (on peut rentrer chez moi en passant par le balcon ? je dormirais plus jamais la porte fenêtre ouverte).
Et là, il regarde le capuchon dans le radiateur avec un air à la fois atterré et … légèrement admiratif devant tant d’ingéniosité (en tout cas c’est ce que j’ai préféré lire dans l’expression affichée sur son visage).

De toute façon, ce qu’il pense n’a pas grande importance, seul compte vraiment son habileté à réparer mes catastrophes, et là je dois mettre chapeau bas :
une heure plus tard, le radiateur (purgé ?) et réparé.

Il ne reste que quelques dizaine de litres d’eau noirâtre à éponger, (ah moins qu’il ne faille essorer la moquette) et des murs à lessiver.
Et là, un éclair de génie MacGyvesque (n’ayons pas peur des mots) me traverse : suffit d’aspirer l’eau.

Je crois que j’ai jamais fait un tel bond en arrière, l’électrocution m’a carrément propulsée à l’autre bout de la pièce, que je sais pas si c’est la décharge électrique qui m’a assommée ou le choc de la tête sur le mur (en tout cas, l’aspirateur lui, ne s’en est pas tiré, il a tout grillé dedans).

Je crois que je n’ai pas, ce jour là, participer à la bonne image des femmes bricoleuses.

J’ai développé depuis, une certaine allergie aux radiateurs … et aux aspirateurs.