Donc, un jour tu te réveilles, et tu as sur le ventre un drôle de truc insolite, une espèce de sac, qui gonfle de façon complètement indépendante de ta volonté, qui fait des bruits de pet bizarroïdes et qui s’anime de façon fort incongrue.

Bref, soyons clair, tu as sur le ventre un coussin péteur.

Socialement, disons le tout net, c’est un peu handicapant, mais on s’y fait avec le temps … sûrement (je m’ suis pas trop donnée le temps d’y prendre goût pour être honnête)


 

Ma sœur March, sujette aux flatulences, m’a bien montré comment prendre un air mortifié en regardant fixement son voisin, mais dans le cas de la stomie,  le bruit répété permet de bien localiser sa provenance, d’où embarras (et je ne parle pas de ceux gastriques (les embarras)  qui sont aussi de la partie, et n’arrange rien à la situation).

J’ai, pendant ces quelques semaines de stomisée, particulièrement bien approfondie le mode d’emploi de notre système digestif. Par exemple, je sais maintenant que l’instestin s’agite dés que tu poses un aliment sur ta langue, et donc le coussin péteur se fait particulièrement remarquer quand tu es à table, (pas du tout gênant quand tu es reçue pour la première fois par ta «belle mère»). Mais d’autres phénomènes peuvent étonnement  provoquer, aussi, des manifestations intempestive, tels que les éternuements, le café (mais pas le thé), les bonbons (mais pas les baisers, même très très langoureux, heureusement).


Et puis, c’est pas donné à tout le monde de regarder de près son colon. Ça fait bizarre de voir ce bout d’intestin sortir de son ventre et s’agiter à son grès. C’est rouge, ça bouge, c’est insensible, et ça saigne un peu, mais c’est très résistant. Ça a un peu une vie propre (enfin propre, c’est une façon de parler, parce que c’est plutôt «merdeux» et nauséabond).


La hantise du kangourou, ce sont les odeurs. Les sacs sont bien faits, reconnaissons le, et les effluves sont neutralisés par un filtre. Mais … il peut y avoir des fuites, parce que sans trop entrer dans les détails qui pourraient t’incommoder, ce qui sort est encore un peu liquide et assez corrosif (du fait des sucs gastriques). La « matière »  peut donc dissoudre le joint adhésif du sac et provoquer des fuites causant une irritation de la peau autour de la stomie, et surtout des odeurs !!!

Je me suis donc baladée durant trois mois, le nez en alerte, humant tout changement d’odeurs environnant avec appréhension, et surtout, je n’ai dormi que d’une narine, prête à jaillir du lit au moindre variation d’ambiance olfactive (je ne te raconterais pas «la fois» ou quelqu’un qui dormait à côté de moi à pété dans son sommeil, réveillant en sursaut mon «détecteur de relent», provoquant un repli paniqué de ma part dans la salle de bain. Non, je te le raconterais pas, parce que le quelqu’un n’apprécierait pas :-) ). 

Autre petits soucis, mais non des moindres, ma stomie se trouvait exactement à la taille, donc difficile de fermer les pantalons ou les jupes, il m’a fallu adopter quelques temps les tailles basses. Quant au sac, outre son volume malaisé à cacher, il dépassait des chemisiers et autres pulls de ma garde robe. Et ça, tu vois, c’est pas seyant.

Tout ça pour dire que tu peux imaginer le plaisir que j’ai eu à apporter à l’hôpital tout le matériel nécessaire à l’entretien de la stomie pour en faire don au service stomatologie.

YEPPP !!!