Quand le docteur est sans parole
Par Pkdille le lundi 29 janvier 2007, 16:24 - Mon Cancer à moi - Lien permanent
C’est derniers mois, j’ai quelque peu approfondi mes relations avec la gente médicale (créer serait plus exact qu’approfondi, il me faut bien l’avouer) et j’ai été parfois surprise : les médecins et moi, on parle pas la même langue.
Ma toute première difficulté a été de trouver, l’été dernier un médecin «traitant». Mais une fois mis le pied dans l’engrenage, tu te constitues vite un agenda bien rempli.
Mon médecin traitant m’a adressée à un échographe, puis à un gastro-entérologue , qui m’a envoyée chez un chirurgien digestif, qui lui-même m’a refilée à un cancérologue, qui m’a généreusement cédée à un oncogénéticien.
Mon expérience la plus intéressante, est, sans conteste, ma relation avec le chirurgien digestif. Mon chirurgien digestif (baptisons le Doct. CH) est ce qu’on appelle «un grand couteau».
Un chirurgien
réputé à qui on envoie les cas complexes (tu me connais, les
complexes, c’est tout moi). C’est pas tant que je souhaitais un grand
couteau pour m’ouvrir le ventre, mais il se trouve qu’il était un proche
collègue de mon gastro entérologue, lui-même ami de
mon médecin traitant, ceci expliquant cela, de lien en lien, je me suis
retrouvée patiente du Doct. CH.
Et patiente est bien le mot.
Parce que, qui dit médecin réputé, dit médecin débordé.
Le Doct. CH est pressé, c’est un postulat. Il court, vole, virevolte de service en service, des urgences aux blocs, en passant par sa consultation, sans répit aucun, suivi de sa cour d’étudiants, (car le Doct. CH est professeur aussi, bien évidemment), jetant des ordres aux internes qui notent fébrilement ses consignes.
Le Doct. CH court après le temps, tandis que ses patients perdent le leur en salle d’attente.
Car le Doct. CH ne délègue pas. A la fois aimé et redouté par chaque membre de son équipe, il décide de tout, et suit personnellement chacun de ses patients. Mais il manque de temps pour le faire pleinement, et laisse parfois planer quelques incertitudes quand à l’exactitude de ses éclaircissements.
Dans mon cas, par exemple (parce que mon cas, non seulement est intéressant, mais aussi très parlant en ce qui concerne l’illustration de mes propos) il était prévu de me retirer un abcès d’environ 7cm de diamètre dans le colon gauche.
En sortant du bloc, je me retrouve avec LE colon gauche en moins (et une poche en plus).
Je tente, au cours d’une de ses visites éclaires, d’obtenir quelques explications sur ce qui se passe exactement à l’intérieur de mes intérieurs, il prend quelques secondes pour me faire un crobard illustrant pourquoi il a décidé de retirer 38cm de colon, et voilà tout.
Comme je suis une femme obstinée, j’ai été réclamer le compte rendu opératoire.
Deux pages assez succinctes, pas très explicites au regard des termes employés, mais suffisamment pour que je visualise en gros l’affaire :

Sauf que j’ai appris trois semaines plus tard, par l’intermédiaire du cancérologue, à la lecture de l’anapat, qu’il avait non seulement ôté le colon gauche, mais aussi la vésicule (ça je m’en fou) et l’ovaire gauche (et là je m’en fou pas du tout) «par précaution».
Et là, franchement, qu’il n’ai pas pris le temps d’envisager la chose avant, je le prend déjà moyen. Mais qu’il est pas pris le temps de me le dire après, et qu’il est omis de le transcrire dans le compte rendu opératoire, je le prends pas bien.
Moi, je dis, les «grands couteaux», faudrait leur apprendre à parler avant de couper.

Commentaires
Ben ça fait sacrément peur !
Heureusement qu'il t'a pas coupé la tête dans la foulée....
Pour être honnête, j'étais un peu inquiète lors de la seconde opération ... mais à priori, il n'a rien retiré d'autre que la poche
Il aurait pu avoir la decence de te mettre un troisième rein de secours pour compenser...
Bah mettons que si ca peut eviter une récidive c'est bien, mais il aurait du te consulter. On en vient au procès possible et donc à l'écran plat mentionné dans le billet précédent
L'état des hopitaux en france, c'est quand même pas terrible.
Reste un ovaire, pas de panique!
Il n'allait quand même pas te réveiller pour te demander, Confiance donc il a fait pour le mieux.
Oh, moi je n'aurais pas trop aimé non plus !
C'est souvent ce qui est reproché au monde médical, le manque de dialogue et d'humanité...
C'est pas parce qu'ils sont bons qu'ils doivent tout se permettre !!! En plus, pour l'ovaire, il ne t'a rien dit lui-même !!! C'est quand même fou !
ce qui me gêne dans ton histoire ce n'est pas le fait qu'il t'a retiré l'ovaire parce que une fois le tout ouvert les choses peuvent paraître plus graves que prévu... non ce qui me gêne c'est qu'il n'y ait eu aucune information post-op ! le problème étant qu'on est des "cas" et plus des patients avec ce genre de docteur... ma mère y a eu droit aussi et le côté humain connaissent pas dans les hopitaux !
Je peux pas trop parler du sujet (trop douloureux) mais je trouve normal que tu le prenne pas bien. Je croyais que la différence entre les animaux et nous c'était la parole, tu sais le truc qui nous rend civilisé?!
Je te dirais bien : "bienvenue au club", pk, mais c'est un club dont on se passerait
Je vois qu'au niveau honnêteté et transparence, c'est pas encore
ça dans le corps médical. Si tu te rappelles, selon mon gynéco,ma trompe était
"percée" alors qu'en fait elle était au labo d'anapath à Clermont. Qu'ils
doivent enlever des trucs, OK, mais pourquoi ne le disent-ils pas ? Ils pensent
qu'on ne sait pas lire un compte-rendu opératoire ? Bon, allez, l'important,
c'est que tu ailles mieux 
Vin Diou ca me fait froid dans le dos et me hérisse les poils (heureusement peu nombreux, je le précise)...le principal c'est que tu sois reviendue ici..même si le chemin parcouru reste qque peu ténébreux
ca fait un peu garagiste du dimanche tout ca...
vous inquietez pas ma petite dame, c'est juste une vidange et resultat, il te change les essuis glaces, les 4 pneus, la courroie et te dis de la ramener pour le controle des 100.000...
et puis la vidange...bah il a pas eut le temps avec tout le boulot !
remarquer le subtile parallele (si si c est subtile !!)
dumby
C'est hallucinant!!!
Bon je continue à toucher du bois...
Garagiste du dimanche, oui c'est exactement ça!
D'ailleurs je pense que les chirurgiens le prennent un peu comme ça. Ils triturent, ils découpent, ils plastifient, ils détournent, ils contournent.
Ils oublient le côté "humain" afin de rester "pros", c'est ce qu'on entend parfois.
Soit.
Mais ils devraient peut-être un peu calmer la machine de temps en temps, car justement des machines, nous n'en sommes pas.
Je te souhaite bon courage, même si je sais que tu n'en manques pas.
A ce sujet d'ailleurs, bravo!
Non Ben, cela n'évitait pas une récidive, les analyses ont confirmé que l'ovaire était sain, ce que j'aurais pu lui dire s'il m'avait posé la question avant. Pour ton projet, on en reparle, mais pas ici ... "on" nous lit

Je suis d'accord avec toi Caféïne, en cas d'urgence, on fait pour le mieux, mais là, il a retiré deux organes sains, dont la vésicule qui (je viens seulement de l'apprendre) t'interdit à vie certains aliments. Il a juste été un peu vite à mon goût
Mais je reconnais que le fait qu'il ne me l'ai pas dit lui même après l'opération (j'étais sous morphine, j'aurais mieux pris les choses) m'a vraiment choquée, je rejoins Marie, Tsuki, Sarah et Amélie sur ce point.
Désolée de raviver quelque chose de douloureux, Solita. Pour aller dans ton sens, je dirais que la science nous deshumanise peutêtre un peu.
J'ai remarqué le très très subtil parallèle, Dumby ... et j'apprécie,
... si ... si
Merci Cribas
Je vois que tu me rejoins un peu quand je dis que la science nous deshumanise, peut être un peu, comme tu le soulignes, pour se protéger de la souffrance de trop d'implication affective, mais aussi surement, qu'à force d'ouvrir des ventres à la chaîne, ils en oublient le coeur ...
Heureusement qu'ils n'ont pas encore accès à notre âme...
J'en ai froid dans le dos...
Eh oh!!! Rendez moi cette vertèbre!! Je disais ça comme ça!!!
C'est atterrant.
Et, en Suisse (je suis prudent au sujet du droit chez mes voisins !), cela peut être constitutif de lésions corporelles graves. Et il y a une obligation d'informer a v a n t, afin d'obtenir un consentement éclairé. !
Voir, pour la France, http://sos-net.eu.org/medical/dpom....
Et je pense à toi !
Merci Philippe ...
En France, nous avons aussi un document à signer avant l'opération qui s'intitule "consentement éclairé", qui précise que tu as été suffisament informée sur l'opération que tu vas subir. C'est un document que tu signes parmi bien d'autres (genre que tu n'as pas de biens susceptibles d'être voler, que tu as une mutuelle etc ...).
Ils te le font signer au bureau administratif au moment de ton admission à l'hopital, et la secrétaire en face de toi estbien incapable de te donner une quelconques informations médicales.
Mais si tu signes pas, on t'opère pas ... avons nous réellement le choix quand il s'agit d'une urgence et que notre vie est en danger ?
Je suis juriste, je sais que je pourrais attaquer le chirurgien parce que le compte rendu opératoire est erroné, mais à quoi bon. Je sais qu'il ne l'a pas rédigé lui même (ce sont les internes qui le font) et je dois être suivie trimestriellement au moins cinq ans dans ce même hopital.
Au bout du compte, je suis vivante grace à lui ...
Oui, hélas, j'ai connu ce genre de choses aussi, entre l'interne qui a assisté le chirurgien qui te dit une chose, puis le chirurgien qui t'en dit une autre, puis le papier qui t'en dit une troisième ..
Ne t'escuse pas PK, le sujet est assez tabou comme ça. C'est bien de pouvoir s'exprimer sur ce sujet... le must serait que le corps médical se remette réellement en cause mais je crois qu'il va encore passer pas mal d'eau sous les ponts avant que ça n'arrive. Mais j'ai espoir puisque les étudiants désertent, peut-être que les prochains auront réellement la vocation, et par vocation j'entend , que le malade sera leur principal souci dans l'exercice de leur job, et non pas la renommée ou le fantasme de toute puissance...
Je passe suite au commentaire que tu as fait "chez moi",j'avais pour ma part perdu trace de toi.je vais sans doute remettre ton lien dans mes favoris.
ça me rappelle des choses tout ça ....

C'est vrai que souvent comme on est suivi ensuite par le même médecin ou ses confrères proches..on ose rien faire ..car après tout comme tu dis "il nous a sauvé"..
Certes..n'empêche qu'il a fait du zèle et a enlevé un truc qui pourrait encore servir..et que si l'autre se met à déconner ben celui là..aurait pu ..te servir..
Bref...
On se laisse un peu trop faire parfois..mais c'est vrai que tellement soulagé d'être en vie..on n'a plus trop l'énergie pour se lancer dans ce genre de bataille...
Faudrait juste qu'ils n'en profitent pas trop quand même
En tous cas...ça fait super plaisir de te relire un peu partout Tatie Pkdille..avec ton esprit toujours aussi pétillant
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Non mais j'hallucine completement.........
J'suis révoltée de lire ça ! Je ne comprends pas que de telles aberrations puissent exister ! Et en même temps, je le comprends très bien quand je vois à quel point il y a de moins en moins de médecins, d'infirmiers, gyneco... Ceux qui restent sont submergés par le boulot, alors les patients deviennent des dossiers à gérer dans l'urgence et à classer le plus vite possible. Plus le temps de faire dans la nuance ! Et plus le temps de parler non plus, comme tu le montres si bien hélas.