Ma toute première difficulté a été de trouver, l’été dernier un médecin «traitant». Mais une fois mis le pied dans l’engrenage, tu te constitues vite un agenda bien rempli.

Mon médecin traitant m’a adressée à un échographe, puis à un gastro-entérologue , qui m’a envoyée chez un chirurgien digestif, qui lui-même m’a refilée à un cancérologue, qui m’a généreusement cédée à un oncogénéticien.

Mon expérience la plus intéressante, est, sans conteste, ma relation avec le chirurgien digestif. Mon chirurgien digestif (baptisons le Doct. CH) est ce qu’on appelle «un grand couteau».

Un chirurgien réputé à qui on envoie les cas complexes (tu me connais, les complexes, c’est tout moi). C’est pas tant que je souhaitais un grand couteau pour m’ouvrir le ventre, mais il se trouve qu’il était un proche collègue de mon  gastro entérologue, lui-même ami de mon médecin traitant, ceci expliquant cela, de lien en lien, je me suis retrouvée patiente du Doct. CH.

Et patiente est bien le mot.
Parce que, qui dit médecin réputé, dit médecin débordé.

Le Doct. CH est pressé, c’est un postulat. Il court, vole, virevolte de service en service, des urgences aux blocs, en passant par sa consultation, sans répit aucun, suivi de sa cour d’étudiants, (car le Doct. CH est professeur aussi, bien évidemment), jetant des ordres aux internes qui notent fébrilement ses consignes.

Le Doct. CH court après le temps, tandis que ses patients perdent le leur en salle d’attente.

Car le Doct. CH ne délègue pas. A la fois aimé et redouté par chaque membre de son équipe, il décide de tout, et suit personnellement chacun de ses patients. Mais il manque de temps pour le faire pleinement, et laisse parfois planer quelques incertitudes quand à l’exactitude de ses éclaircissements.

Dans mon cas, par exemple (parce que mon cas, non seulement est intéressant, mais aussi très parlant en ce qui concerne l’illustration de mes propos) il était prévu de me retirer un abcès d’environ 7cm de diamètre dans le colon gauche.

En sortant du bloc, je me retrouve avec LE colon gauche en moins (et une poche en plus).

Je tente, au cours d’une de ses visites éclaires, d’obtenir quelques explications sur ce qui se passe exactement à l’intérieur de mes intérieurs, il prend quelques secondes pour me faire un crobard illustrant pourquoi il a décidé de retirer 38cm de colon, et voilà tout.

Comme je suis une femme obstinée, j’ai été réclamer le compte rendu opératoire.

Deux pages assez succinctes, pas très explicites au regard des termes employés, mais suffisamment pour que je visualise en gros  l’affaire :

Sauf que j’ai appris trois semaines plus tard, par l’intermédiaire du cancérologue, à la lecture de l’anapat, qu’il avait non seulement ôté le colon gauche, mais aussi la vésicule (ça je m’en fou) et l’ovaire gauche (et là je m’en fou pas du tout) «par précaution».

Et là, franchement, qu’il n’ai pas pris le temps d’envisager la chose avant, je le prend déjà moyen. Mais qu’il est pas pris le temps de me le dire après, et qu’il est omis de le transcrire dans le compte rendu opératoire, je le prends pas bien.

Moi, je dis, les «grands couteaux», faudrait leur apprendre à parler avant de couper.