Quand Rafaël bataille
Par Pkdille le vendredi 16 février 2007, 17:37 - Le sel de ma vie - Lien permanent
« C’est pareil », qu’il a dit,
Rafaël en regardant les deux cartes accolées.
Je tente de faire remarquer que les cartes sont différentes, et que je gagne avec mon 9 qui bat son 6.
Ça lui plait pas, cette idée là, vraiment ça lui plait pas. Il examine les cartes avec hésitation, la mine renfrognée. Soudain, son visage s’éclaire d’un sourire malicieux : « Non, non, c’est pareil » insiste t il, en inversant la carte 6.
Mais son regard triomphant s’efface en découvrant le 6 retourné qui, contre toute attente, n’est pas devenu 9. Il retourne le 9, re-retourne le 6, et contemple avec perplexité les deux cartes qui refusent de se transformer à son gré. Il sent bien qu’un truc cloche, mais ne trouve pas quoi, et ses yeux deviennent septiques en se posant sur moi.
Il lui faut bien céder devant l’inexplicable : le 9, même inversé, lui vole son 6.
Aujourd’hui, on apprend la bataille. Pas la
bagarre, le jeu de carte. Parce que la bagarre, Rafaël, il connaît déjà, mais
la bataille, y connaît pas.
Et Rafaël, il aime bien jouer, enfin pour être plus précise, il aime gagner. Et pour être même complètement juste, c’est surtout qu’il aime pas perdre, mais alors pas du tout.
Et la bataille, c’est bien pour ça, parce que c’est plein de p’tits combats.
Il a bien compris les cartes, que le 10 est plus grand que le 4, il le sait
bien du haut de ses quatre ans, que les dix ans sont des plus grands.
Que la Dame soit plus forte que le Valet, c’est déjà moins acceptable, parce que « les garçons sont plus forts que les filles », qu’il m’explique … l’apprenti macho. On en a longuement débattu, et après maintes discussions, il a accepté la supériorité de la Reine sur le Valet parce que « c’est une maman ».
Mais sa carte a lui, c’est l’As. Il l’a tout de suite repéré celle là, il l’affectionne particulièrement : c’est la carte des gagnants.
Alors il distribue les cartes avec application, une carte pour Pkdille, une pour lui … il les trie bien gentiment, un 2 pour Pkdille, un As pour lui … et quand les deux paquets sont finis, il me confie magnanime : « tu sais, je t’ai mis un As, quand même ».
Rafaël, il a très bien compris que pour gagner, il suffit d’avoir les bonnes cartes en main.

Commentaires
Je me souviens, il y a longtemps quand j'étais au lycée, nous jouions au tarot en salle de perm'. Une fois, je m'étais retrouvé avec un jeu pourri, le 1 ("le petit bout") quatrième (avec trois atouts) et un jeu pratiquement nul. Sauf que, je ne sais pas ce qui s'est passé, personne n'a fait tomber les atouts et je refilais mes cartes de faible valeur avec l'angoisse de voir mon atout passer à la trappe. Eh ben, non, je l'ai mené au bout et j'ai fait miraculeusement le dernier pli !!!
Comme quoi, il ne suffit pas d'avoir les bonnes cartes (c'est trop facile de n'avoir que les bonnes cartes), c'est le déroulement du jeu qui importe...
L'amusant avec les petits gamins, c'est que souvent ils s'inventent des règles (où ils gagnent évidemment)... Avant d'accepter les règles établies...
Un jour, j'avais dit à ma petite nièce : "Jette une carte" et elle en a jeté une par terre... :-))
1+1=3 ou 4...C'est mon plus beau souvenir d'enfance...

je me demande pourquoi tu s choisi le 6 et le 9.
1 + 1 = le début de tout ... donc l'infini, n'est ce pas Cribas ?
Je n'ai pas "choisi" le 6 et le 9, c'est le hasard qui les a opposés, et Rafaël qui a découvert à cette occasion qu'un 9 n'est jamais qu'un 6 inversé ...
Oui l'infini, lorsqu'on ne savait rien de tout ce qui allait suivre...
Lorsqu'on se plaisait, sans vergogne, à se mentir, comme un petit Raphaël...
Rafaël, pardon...
Faut lui apprendre à jouer au tarot, il rigolerait moins avec son as
Des petits bouts de carton qui en disent long !!! Les enfants " jouent" rarement aux cartes , c'est vrai , ils nous échangent des leçons de vie ! ;-)))
On peut faire passer tellement de choses avec le jeu... Que le petit gars se rassure, pourtant. Même des grands ont tendance à confondre 6 et 9... Si si ! Vous voulez jouer avec ma grand-mère ???
faut dire aussi qu entre le 6 du carreaux et le 9 de carreaux c'est un peu pareil, je soutiens cette these a ma soeur depuis maintenant pres de 17 ans mais pour rien !
j espere qu elle ne verifie pas l avancee de ma theorie sur Internet ou tu serais complice ma chere Pk !
dumby
Ah la bataille que de souvenirs d'enfance ...
Le 6 et le 9 renversés, c'est un des ressorts comiques du film "La Grande vadrouille" de Gérard Oury avec Bourvil et Louis de Funès. Le numéro d'une chambre d'hôtel, écrit sur une plaque, se retourne parce qu'un des clous est tombé et il y a un quiproquo sur la chambre.