« Ben dis donc, t’as l’air en forme, on dirait pas qu’t’a un cancer »
(Je rêve ou elle a l’air déçue ?)

 
Bon alors, en premier lieu, soyons clair, j’ai pas d’ cancer.
J’ai eu un cancer, la nuance est d’importance.
« Ils » l’ont retiré, donc je l’ai plu. CQFD.

Ensuite, je sais pas si tu sais, mais il existe dans le commerce un truc ahurissant qui s’appelle maquillage, c’est assez prodigieux ce qu’on réussi à faire avec un peu de blush et de mascara.


Et puis, tu voudrais quoi ? Que je fasse une dépression en plus d’avoir eu un cancer ?
C’est pas trop mon truc les dépressions, (une petite déprime de temps en temps, je dis pas, mais passagère alors, juste le temps de tremper mon oreiller pour évacuer un trop plein de vague à l’âme) je suis déjà très fatiguée, manquerait plus qu’je sois neurasthénique.

En plus, les anti-dépresseurs, ça doit pas être compatible avec la chimio.

 

« Ah ben tu vois que t’es malade, tu fais des chimios »
(mais j’y crois pas qu’elle insiste)
 

Bon, alors, en premier lieu, la chimiothérapie, c’est pas une maladie, c’est un soin, (comme l’indique le mot thérapie dedans, tu vois ? té-ra-pi) … donc je suis pas malade.

Tous les médicaments ont des effets secondaires (ok, je t’accorde que celui la en a peut-être plus que les autres, quoique … la cortisone, dans son genre, c’est pas mal non plus), c’est le prix à payer pour s’assurer de la guérison.

Un an gâché pour tout un avenir reconquis, moi je trouve que ça l' vaut bien.

 

« C’est incroyable, tu as presque l’air heureuse » (c’est pas la première fois que j’le dis, mais la Lulu, un jour, je vais m’la faire)

J’ai pas l’air presque heureuse, je suis heureuse.

Je vois pas pourquoi une quelconque maladie (conjuguée au passé, je te rappelle au passage) m’empêcherait de profiter de la vie.
J’ai la chance d’être aimée de l’homme que j’aime, il a un petit garçon merveilleux, j’ai une famille sensationnelle, des amis d’une qualité rare, et tout ce petit monde me chouchoute, que ç’en est presque embarrassant. (Remarque que ça m’embarrasse pas plus que ça et que je profite même honteusement).

 
En fait, quand tu traverses un coup dur, « les gens » ça les rassure.
Ils se sentent mieux de te voir à terre, ils se repaissent de tes souffrances et de tes larmes. C’est leur côté « voyeur ». C’est pas méchant, juste rassérénant pour eux.
Ça leur permet de compatir tout en  prenant conscience de leur aubaine.

Alors, si t’es pas dans le stéréotype, si tu es enjouée, souriante, que tu gardes le sens de l’humour, et que tu prends tout ça avec philosophie, ces « gens-là » … tu les déçois … forcément.