En premier lieu, je rencontre une charmante jeune femme conseillère en génétique.

Je me demande bien ce qu’on peut me conseiller en la matière vu que j’ai pas d’enfant et aucune chance d’en avoir un jour, mais bon,  puisqu’elle tient essentiellement à me conseiller, et qu’elle m’attend de pied ferme (vu qu’il y a personne d’autre à conseiller dans la salle d’attente) je vais pas commencer à polémiquer.

La conseillère, elle conseille pas, elle fait des dessins d’arbre. (c’est quoi ce regard septique, puisque j’ te dis qu’elle fait des arbres sur son ordinateur, même qu’elle utilise un logiciel fait tout exprès pour).

Donc, on a commencé par reconstituer ensemble mon arbre généalogique (et dans mon cas, y a du boulot, vu que la vocation familiale est de repeupler la planète), avec son logiciel très sympa qui fait de joli dessin.

Nous voici donc parti pour caser dans l’arbre mes quatre frères et sœurs, mes douze neveux et nièces, mes huit oncles et tantes, sans compter mes vingt cinq  cousins germains (dont deux adoptés qu’elle a pas voulu mettre dans l’arbre, que je vais pas le dire à ma tante qui le prendrait pas bien de savoir que ses enfants sont pas considérés par la conseillère en génétique).

Arrivés aux enfants de mes cousins et aux frères et sœurs de mes grands parents, elle a déclaré forfait :  ça rentrait plus dans les cases.

Après on a fait un super jeux : retrouver tous ceux qui ont, ou ont eu, un cancer, et déterminer de quoi sont mort les défunts. (trop fun comme passe-temps, super ambiance !).

 

Enfin arrive le Professeur, qui contemple tout ça avec grand intérêt et déclare d’un ton docte que « oui, évidemment, dans votre cas on peut soupçonner une forte prédisposition au syndrome HNPCC avec transmission autosomatique dominante ».

J’aime pas trop le verbe « soupçonner » quand c’est un médecin qui le prononce, je me souviens très bien qu’y a pas si longtemps, dans mon cas, on « soupçonnait » un cancer, si tu vois ce que je veux dire.

Les deux me regardent fixement, l’air d’attendre une réaction (je leur dit ou pas que j’ai rien compris ?).

  • C’est quoi le syndrome HNPCC ?  (ça me dit rien qui vaille ces initiales)
  • C’est une prédisposition héréditaire aux cancers familiaux du colon (sans polypose), du rectum et de l'utérus. (ah bon ? ben c’est pas grave alors, puisque j’ai déjà eu le cancer du colon, je m’en fou un peu maintenant de savoir que j’étais prédisposée).
Euh … juste une question, c’est colon OU utérus, ou colon ET utérus ?

 

Bref, après avoir donné mon accord pour un « test de prédisposition génétique » (un dépistage des gènes mutants  pour dire les choses plus simplement), la conseillère, qui conseille rien du tout, soit dit en passant, m’accompagne chez les infirmières vampires qui me prennent dix tubes de sang ! (ça va pas arranger mon anémie, je sens, tout ce sang qu’on me pique tout le temps.

Résultat dans six mois …

 

Et là, tu vas pas me croire, l’infirmière me conduit chez … une psychologue.
Je savais bien qu’ y avait un piège …
Et la dame psychologue, qui sent bien que je suis assise que sur une fesse, prête à partir avant même de commencer l’entretien, elle me pose plein de questions :

« Pourquoi faites-vous cette démarche génétique ? »

« Avez-vous peur des résultats ? »

« Votre famille est elle au courant de votre démarche génétique ? »

« Votre compagnon, il en pense quoi ? »

« Comment avez vous réagis à l'annonce de votre cancer ? »

Mais …  euh … je t’en pose moi des questions ?

Tu vois, c’est ça le problème avec les psy, faut toujours qu’ils te posent des questions que tu te posais même pas.