Parce qu’il y a quinze jours, c’était la dernière !

Mais qu’en me voyant arriver dans le service, l’infirmière a eu comme un petit plissement de nez en regardant sa liste.
Tiens, que j’me suis dit en moi-même, ça sent l’imbroglio. Parce que moi, j’ai le nez pour ces trucs là, je sens bien quand les plissements n’annoncent rien de bon.

C’est pas demain pour vous ?  qu’elle me dit en fixant sa liste, dubitative.

Non, moi c’est le mardi … on est mardi, c’est mon jour.

Elle lit pas mon blog ou quoi ? Je suis de l’équipe du mardi, je l’ai assez dit : branchée mardi, débranchée jeudi.

Mais elle en démord pas la bougresse,  la dernière fois, vous êtes venue un mercredi.

Je lui rappelle avec un petit sourire forcé que la dernière fois, le mardi était férié, d’où le décalage au mercredi, MAIS … je suis du mardi.

« On » vous a prévu pour demain.

C’est qui « on » ? Je peux lui dire un mot à « on » ? Parce que moi je suis préparée psychologiquement pour être branchée aujourd’hui, et que demain je s’rais pas forcément dans le même état d’esprit.

J’suis pas commode à motiver comme fille. Tiens, pour les régimes par exemple, la motivation prend plus de temps que le régime en lui-même. Alors moi, à sa place, maintenant que je suis dans les locaux, j’en profiterais, parce que … demain … est un autre jour.

 

Finalement, « on » me trouve une petite place à côté d’une gentille dame âgée, que je n’ai pas eu le temps de bien connaître, vu qu’un grand baraqué en blouse bleue est venu la chercher et l’a emmenée, en chaise roulante, faire des examens, et qu’elle n’est jamais revenue.

Enfin, pas à ma connaissance en tout cas, et pourtant je suis restée six heures dans sa chambre.

Avec le recul, j’aurais peut-être du signaler sa disparition à « on ».

Dés fois qu’il y ait un trafic de grand-mères.

 

Une bonne heure plus tard, je vois arriver l’interne qui contemple mon dossier avec un petit plissement de nez très caractéristique : nouvelle odeur d’imbroglio.

vos résultats sanguins ne sont pas bons, « on » va voir avec le chef de service si « on » reporte, ou pas, la séance.

Ça va pas être possible, j’ai d’autres projets.

Ben quoi, c’est vrai ça … j’ai pas que ça à faire moi, que de passer ma vie branchée à une pompe qui m’empoisonne à petit feu. « On » a qu’à considérer que comme c’est la dernière, « On » la fait quand même.

 

Je l’ai eu, ma dernière chimio ( je suis très persuasive quand je veux, pour ne pas dire soulante …  je les suspecte d’avoir accepté  pour se défaire de moi, vu que je suis trop jeune pour le trafic de grand-mère), et depuis, j’ai perdu un bout de mon cerveau.

Mais ça, c’est une autre histoire ...